Roulettes et Sac  dos, une globe-trotteuse en fauteuil roulant

Je ne sais pas revenir.6

Je ne sais pas revenir. Cette phrase résonne dans ma tête. Aujourd’hui même, ça m’a encore frappé. C’est une certitude, une baffe en pleine poire quand tu arrives à identifier que ce noeud dans le ventre, c’est ça. Je ne sais pas revenir.

C’est la deuxième fois que je m’aperçois vraiment que je ne sais pas revenir. La première fois, c’était lors de mon voyage aux Etats-Unis. Environ une semaine après mon arrivée, je me sentais tellement heureuse, tellement à ma place et tellement moi, que j’ai très vite compris que le retour serait difficile. J’avais ce sentiment de plénitude qui me collait à la peau. Et il y a pire comme sensation vous ne trouvez pas ? D’être dans la justesse du moment, juste avec les autres, juste avec soi. Etre dans le vrai, dans l’authentique, immédiatement et sans tourner autour du pot, parce que ça fait partie de la magie de la rencontre et du voyage. Etre bien en somme. Et même mieux que bien.

Aujourd’hui, je reviens de quelques jours passés dans les Hautes-Alpes, au bord du lac de Serre-Ponçon. Et aujourd’hui, encore, je n’avais pas envie de rentrer chez moi. Quelques jours, ce n’est pas grand chose me direz-vous. Et pourtant, c’est bien suffisant pour se retrouver à nouveau en phase avec soi et le moment présent, pour s’ouvrir à nouveau aux autres et à ce qui nous entoure. Il n’en faut pas forcément plus. Pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour être “juste”.

Aujourd’hui j’ai dû quitter un lieu que je ne connaissais pas il y a quelques jours. Un lac au bleu turquoise aussi apaisant que vivifiant. Des montagnes aux formes douces et déchirées entourées dans un coton de nuages. Une météo incroyablement changeante, où vent, soleil, pluie et orage se succèdent à une vitesse folle. Ces lieux, j’ai appris à les aimer, et à les craindre aussi lorsque les éléments se déchainent. Dans ces lieux, j’ai maintenant des souvenirs : l’extase devant des paysages majestueux, des balades dans les villages perchés, naviguer sur le lac et se confronter au vent, et aussi un premier vol en parapente où les sensations et la beauté des alentours sont gravées en moi. Tout ça en quelques jours à peine.

Mais il n’y a pas que ça. Ce n’est pas le plus important. Tous ces beaux moments n’auraient pas autant de sens si il n’y avait pas cet élément crucial qui donne de la vie à l’instant : la rencontre. Encore une fois, j’ai été gâtée. Que de gens adorables croisés sur ma route. Des gens hauts en couleurs, inspirés et inspirants. Des gens que je ne connaissais pas il y a quelques jours, et que je ne reverrai sans doute pas pour la plupart. Pour d’autres, je suis sûre du contraire. Il y a des rencontres qui marquent, qu’on sent indélébiles, marquées au fer rouge dans la poitrine.

Aux Etats-Unis, j’ai eu du mal à quitter Patrick, Kory, Mira, Constantin et Brian. Aujourd’hui c’est au tour de Philippe, de sa famille et ses amis. C’est le coeur lourd que je leur ai dit au revoir, à eux que je ne connaissais pas il y a quelques jours. C’était bon. C’était juste. J’étais moi. Entière.

“Toutes les bonnes choses ont une fin” diront certains. Mais j’ai envie de leur demander : “Pourquoi ?” Pourquoi faudrait-il quitter et renoncer à ce qui nous rend heureux ? Pour retrouver un job qui ne nous plaît pas tant que ça, et compter les mois qui restent avant les prochaines vacances ? Pas très alléchant.
Pourquoi ne pas se donner les moyens d’être heureux de manière permanente ? D’être en accord avec soi, quitte à être en marge des dictats ?

 

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About

Audrey voyage seule avec son fauteuil roulant depuis plusieurs années. Le blog Roulettes & sac à dos est né du constat que préparer un voyage quand on a des roulettes, ce n'est franchement pas facile ! Alors retrouvez-ici ses bons plans, ses coups de coeurs, et ses histoires d'handivoyage !

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6 replies to Je ne sais pas revenir.

  1. Salut !
    très bel article, je me suis totalement retrouvée dans ce que tu racontes.
    Le retour le plus dur pour moi a été le départ de Chine (après un peu plus d’un an passé là-bas). J’avais 20 ans, c’était énorme, un an de liberté, premier “vrai” boulot, un pays surprenant et génial,… bref, le retour a été dur. Parce que je me suis rendue compte que les vieilles habitudes revenaient très vite, trop vite. Comme si ce séjour d’un an n’avait pas eu lieu. Tous les repères effacés d’un coup, les bruits, les gens, les odeurs, les sensations. J’ai eu l’impression de ne pas avoir tout vécu. Il me fallait donc y retourner et c’est ce que j’ai fait un an plus tard 😉
    Aujourd’hui je feuillette les albums ou mes carnets avec plaisir, sans une grosse boule au ventre.
    Je crois que le meilleur moyen pour le retour ne soit pas trop dur, c’est d’avoir un nouveau projet (boulot, voyage,…). Ca rebooste et permet d’aller de l’avant.

    • Audrey

      Salut Gaëlle !
      Merci pour ce retour d’expérience !
      Je peux imaginer que ton retour de Chine a dû être déstabilisant… Est-ce que tu y retournes régulièrement ? Ou bien ton deuxième voyage là-bas à suffit à clore ce chapitre ?
      Je suis d’accord avec toi : il faut avoir des projets et relancer la machine pour d’autres aventures :)

  2. Très bel article. Je découvre ton site grâce à un partage sur Twitter de Voyage etc. et j’en suis ravie.

    Tu as su mettre en mot un vécu qui me parle, et qui j’imagine a déjà été ressenti par pas mal de voyageurs. Ce sentiment de justesse et de complétude en particulier me parle beaucoup. Pourquoi les “bonnes choses” doivent-elles avoir une fin ? Bonne question ! …

    Au plaisir de te lire

    • Audrey

      Merci pour ce message Amandine. Contente et rassurée que mes mots (maux?) soient compris et partagés par d’autres.
      A bientôt et au plaisir de te rencontrer (Cannes, nous voilà ! )

  3. “Hé oui, toutes les bonnes choses ont une fin, et il faut bien revenir à la vraie vie”… c’est une phrase que j’entends régulièrement ! Comme toi je crois que je ne sais pas encore bien revenir… mais je suis par contre fermement convaincue que la “vraie vie”, c’est celle dans laquelle on se sent “juste”, comme tu dis, en phase avec soi-même et ses convictions. Quite à être un chouia à la marge…

  4. Hello ! Juste un petit commentaire pour te dire que j’ai adoré cet article et que je me suis reconnue dans ce que tu racontes… Ta façon d’écrire est très attractive et les photos sont sublimes!

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