Roulettes et Sac  dos, une globe-trotteuse en fauteuil roulant

Rencontre avec…Brice, étudiant en Chine2

Je vous propose de découvrir une toute nouvelle partie du site dédiée à la rencontre d’autres voyageurs et de leurs aventures.

Aujourd’hui direction l’Asie avec Brice ! Brice a étudié en Chine pendant plusieurs mois et il en a profité pour voyager dans les pays voisins. D’ailleurs certains de ces pays sont sur ma “to do list”…ce qui donne sérieusement matière à réflexions! Bonne lecture à vous, et merci Brice! :)

Qui es-tu ?

Je m’appelle Brice, j’ai tout juste 24 ans et je viens de me réinstaller à Strasbourg où j’avais obtenu mon diplôme en design de produit l’année dernière avant de m’expatrier en Asie pour une période de 5 mois.

Brice en Thaïlande dans la tour Baiyoke (la plus haute de Bangkok) au 84ème étage. ©Dat Huynh.

-Tu es parti étudier en Chine. Qu’est-ce qui t’as motivé dans ce projet?
Pour être honnête, les études en Chine étaient surtout un prétexte pour découvrir une culture et un pays que je ne connaissais pas. Les français n’ont pas grand-chose à envier aux chinois en matière de design. Par contre, ma soif de découvertes culturelles m’a poussé à sauter le pas. J’ai toujours été très curieux, dès tout petit je voulais connaître la façon dont on vivait ailleurs et je voulais voir les paysages qu’on voyait seulement à la télé. On entend parler de la Chine tous les jours, ce grand pays, par sa culture, par sa population, par sa superficie ou encore sa croissance qui fait pâlir d’envie l’Europe. Alors je me disais « en plus de découvrir ce pays, je pourrais aussi y trouver un premier travail plus facilement, histoire de commencer à remplir mon CV… »

-Pays lointain, autre culture, langue et même alphabet différent,… Quel a été pour toi le plus gros challenge?
Je dois dire que la langue et les sinogrammes sont deux choses parfois difficiles à gérer au quotidien. On se sent un peu perdu, impuissant et le mot étranger prend vraiment tout son sens. Les chinois parlent très peu anglais et il est difficile d’apprendre le chinois voire impossible sur une courte période. Il est difficile de communiquer même si on trouve toujours quelques chinois, des jeunes, pour parler anglais. A vrai dire la culture chinoise ne m’a pas perturbé, j’avais passé déjà quelques temps au Vietnam auparavant et la culture vietnamienne est fortement imprégnée de la culture chinoise de par son histoire. Les gens ont une attitude que l’on ne comprend pas toujours de prime abord mais on s’y fait. L’idéal est vraiment d’être entouré de chinois lorsque l’on vit en Chine, comme « interface » à nos cultures si différentes. A défaut d’avoir des amis chinois il faut dire que les nouvelles technologies (merci Google) aident grandement à se repérer, à traduire, à chercher des informations. Les autres pays que j’ai eu la chance de visiter ne m’ont pas posé les mêmes problèmes : A Hong Kong, les gens étaient pour la plupart bilingues (cantonais/anglais) de par leur passé en tant que colonie britannique. Les mœurs étaient aussi plus semblables aux mœurs occidentales. Il en est de même pour la Thaïlande et plus particulièrement Bangkok où on peut vraiment ressentir l’influence occidentale malgré un alphabet incompréhensible pour la plupart d’entre nous. Ce sont des pays où il n’est pas nécessaire d’avoir un visa pour y entrer et du coup, le monde entier se retrouve là-bas. Cette sensation de passer inaperçu, en tant que « blanc » en Asie, était étrange après avoir eu le sentiment d’être scruté et parfois même considéré en Chine comme une personnalité. Même si ce sentiment était moindre dans une ville plus occidentalisée comme Shanghai. Enfin, le Vietnam est un peu à cheval entre tout ça, même alphabet, passé de pays colonisé, anglais de plus en plus maîtrisé mais encore assez peu, là aussi, il est préférable d’avoir des « locaux » avec soit.

-As-tu des conseils pour des étudiants sur le départ?
Mon seul vrai conseil est de ne pas avoir peur. On regrette assez rarement un voyage. Les expériences vécues lors des voyages sont des choses inoubliables et extrêmement enrichissantes. On revient toujours différent d’un voyage, on n’est plus tout à fait le même car on laisse un peu de soi ailleurs et on emporte un peu du pays visité avec soi. Je vois toujours les voyages comme une opportunité de vivre une nouvelle vie, comme si on me donnait la chance de renaitre un peu à l’autre bout de la terre et de voir le monde à travers des yeux nouveaux. C’est pour cela qu’il faut vivre un voyage passionnément, s’immerger dans une culture, se mélanger à la population mais faire attention à ne pas s’oublier soi-même, d’où on vient, de ne pas se perdre dans cette nouvelle vie. Il y a un juste équilibre à trouver entre l’ouverture aux autres et l’ouverture avec soi-même.

-Je crois savoir que tu n’es plus en Chine en ce moment… Que fais-tu? Où es-tu? Quels sont tes projets?
Le voyage devient une sorte de maladie, j’ai commencé par visiter le Vietnam une fois, deux fois, puis j’ai vécu un peu aux Pays-Bas pour ensuite partir en Asie. Je suis revenu en France mais l’avenir me semble plus radieux ailleurs… Ce temps de vie en France est pour moi une façon de me retrouver un peu, de retrouver mes proches, les personnes importantes dans ma vie. Strasbourg est une ville que j’adore, où je me sens bien. Je vais essayer de gagner un peu d’argent et d’expérience avant de probablement repartir ailleurs, en Asie, en Océanie ou en Amérique du nord, le temps et les opportunités en décideront.

Brice au Vietnam, à Mũi Né, dans un des petits déserts de sable de la région. ©Dat Hyunh.

Brice au Vietnam, à Mũi Né, dans un des petits déserts de sable de la région. ©Dat Hyunh.

Handi’infos

-Croiser ou non des personnes handicapées sur la route est souvent révélateur de l’intégration (ou de la non-intégration) de ces personnes dans le pays. Que ce soit des locaux ou des voyageurs, as-tu croisé des personnes handicapées? Si oui, dans quelles circonstances?
Oui, on croise des personnes handicapées tous les jours en Asie. Je dois dire, hélas, qu’elles sont moins bien « intégrées » en Asie que chez nous. La plupart du temps, les personnes handicapées moteur ne sont pas sur des fauteuils roulants mais par terre et faisant la manche… Les systèmes en Asie sont souvent élitistes et les personnes handicapées n’ont que rarement les moyens d’être soutenus, soignés, intégrés à la société.

-Des endroits où tu as voyagé, quel est selon toi le pays le plus praticable en fauteuil roulant? (Et quoi en particulier?)
Ayant travaillé sur le handicap visuel durant un an pour mon projet de diplôme, je suis sensible à la question de l’accessibilité. En Asie, j’ai pu constater que la croissance et la soif de développement et d’argent laissait parfois les plus « faibles » sur le bas-côté. On pense d’abord à la majorité des gens qui ne sont pas handicapés, les minorités sont mises de côté et les aménagements urbanistiques s’en ressentent… Hong Kong étant le pays le plus développé d’Asie que j’ai visité, c’est probablement là-bas que les questions d’accessibilités sont le mieux traitées. Il arrive aussi que les transports en commun soient un peu aménagés mais tout cela reste trop rare, à moins d’aller dans les endroits touristiques tels que les grands hôtels, certains musées ou les endroits internationaux tels que les aéroports pour apercevoir un peu plus d’adaptation aux personnes en fauteuil roulant.

-Le pays le moins praticable en fauteuil roulant? (Et pourquoi?)
C’est probablement le Vietnam, car c’est le plus pauvre, le moins développé. Plus généralement, dans les pays en voie de développement, on ne veut pas trop penser aux problèmes d’accessibilité est malheureusement un peu comme le problème de la pollution de l’air, on le traitera quand on sera au pied du mur et qu’il n’y aura plus d’autre choix…

-Un conseil, une remarque pour un handi’voyageur en Asie?
N’étant pas handicapé moi-même, il m’est difficile de donner un conseil aux handi’voyageurs si ce n’est, suite à mes observations, qu’il faut s’armer de courage, de patience mais aussi d’un peu de folie pour visiter l’Asie car après tout, c’est un continent qui vaut vraiment le détour et je ne veux décourager personne, au contraire. Je souhaite profondément que tout le monde puisse voyager comme j’ai eu la chance de le faire ces derniers temps. Je me dis toujours que rien n’est impossible si on le désire vraiment. Je souhaite sincèrement que le voyage ne soit pas une activité interdite à une minorité car tout le monde mérite cette opportunité de s’enrichir. Plus globalement, mais cela semble assez évident, les grandes villes asiatiques sont bien plus adaptées aux personnes handicapées que les campagnes. Mais ça ne doit pas signifier qu’il ne pas s’en écarter pour aller voir plus loin car on y trouve souvent les endroits les plus authentiques et les plus dépaysants !

Brice dans un bus en Chine à Suzhou (dans la région du Jiangsu, près de Shanghai). ©Camille Etienne.

Brice dans un bus en Chine à Suzhou (dans la région du Jiangsu, près de Shanghai). ©Camille Etienne.

Questions diverses (et variées !)

-Quel est le plat le plus étonnant que tu aies mangé?
C’est probablement de la langue de canard lorsque j’étais en Chine…

-Un choc culturel dont tu ne t’es pas remis?
Je m’arrête rarement sur un détail en particulier mais il y a certaines choses que l’on n’oublie pas… Se retrouver dans des rues ou des transports en communs, en Chine, bondés de monde à ne plus pouvoir faire le moindre mouvement ; être confronté à la grande pauvreté au Vietnam mais voir les gens sourire malgré tout, se rendre compte à la caisse d’un petit magasin Thaï que la caissière maquillée et aux cheveux longs est en fait un caissier, mais que cela ne gêne absolument personne et se dire que la France est malheureusement bien loin en ce qui concerne la tolérance à la différence…

-Une anecdote de voyage que tu raconteras à tes petits-enfants?
Si j’ai cette chance, je leur raconterai cette fois où mes amis français, moi et nos amis chinois dinions ensemble au restaurant et qu’au moment de payer l’addition, nos deux cultures se sont entrechoquées : Les français voulaient payer chacun leur part, les chinois, comme à leur habitude, voulaient tout payer puis partager équitablement. Oui, difficile de faire comprendre qu’en France les gens, souvent, n’aiment pas payer pour quelqu’un qui a plus mangé qu’eux…

-En un mot : le voyage c’est quoi pour toi?
Au-delà d’être la jeunesse, le voyage est pour moi la richesse.

Alors, que pensez-vous de cette première entrevue? Envie de franchir le pas sur le continent asiatique? A moins que ça ne soit déjà fait? J’attends vos retours! :)

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About

Audrey voyage seule avec son fauteuil roulant depuis plusieurs années. Le blog Roulettes & sac à dos est né du constat que préparer un voyage quand on a des roulettes, ce n'est franchement pas facile ! Alors retrouvez-ici ses bons plans, ses coups de coeurs, et ses histoires d'handivoyage !

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2 replies to Rencontre avec…Brice, étudiant en Chine

  1. elise

    la Thaïlande en fauteuil ça se fait très bien. Je suis tétraplégique et je suis partie avec une amie, les gens sont tellement gentils qu’il y a toujours quelqu’un pour t’aider quand tu rencontres une difficulté. Le mot d’ordre de notre voyage était “improbable n’est pas impossible !”…
    Ton blog est génial et donnes envie de voyager

    • Audrey

      Bonjour Elise et merci pour ce message encourageant !
      Est-ce que tu voyages avec un fauteuil électrique ? Si non, tu penses que ça reste envisageable ? Même en solo ?
      Je rêve d’Asie depuis bien longtemps mais je n’ai encore jamais osé. Merci pour ton retour d’expérience en tout cas :)

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